Le comédien burkinabé Serge Henry, Prix du premier rôle masculin à l’édition 2010 du Festival du cinéma africain de Khouribga (10-17 juillet), est, dans les films où il joue, comme dans la vie de tous les jours : jovial, joyeux et taquin. Si bien qu’on a du mal à distinguer l’homme du personnage de cinéma ou de théâtre.
Il a été récompensé pour sa remarquable interprétation dans le film ’’Une femme pas comme les autres’’, premier long métrage de son compatriote Abdoulaye Dao.
Dans le film, Mina (Georgette Paré), son épouse qu’il trompe avec la femme du voisin, décide de lui trouver un coépoux. Il finit par se confesser face à l’attitude audacieuse de sa femme. En comédien d’expérience et de talent, Serge Henry est très bon dans son jeu, s’adaptant face à ses différents interlocuteurs. Ses tics renseignent sur ses angoisses, ses états d’âme, autant que sur sa perplexité.
Commentant son rôle dans ’’Une femme pas comme les autres’’, il reconnaît que ’’c’est quand même un sujet difficile’’. Après s’être interrogé sur le regard des gens, il dit s’être mis au travail pour ’’habiter’’ le personnage de Dominique.
‘’Ce n’est que du cinéma. J’ai accepté ce rôle parce que nous avons beaucoup travaillé, Guy Désiré Yaméogo, le scénariste, Abdoulaye Dao, le réalisateur, et moi-même’’, explique Serge Henry, affirmant avoir essuyé des insultes de la part d’un certain public, essentiellement masculin.
Le temps d’un film, les rôles sont inversés : ‘’Je me mets à la place des femmes. C’est ce qu’elles vivent souvent, quand ont vient leur dire qu’elles vont avoir une coépouse. Les hommes comprennent peut-être mieux ce que les femmes endurent avec la polygamie.’’
Serge Henry dit avoir reçu cette distinction avec ’’beaucoup d’émotion’’. ’’Cette distinction me remplit de fierté, dit-il. Cette ville de Khouribga, je ne vais jamais l’oublier. C’est la première fois que je reçois une telle distinction. Ça ressemble à la première tétée d’un enfant et j’espère que ce lait va me permettre de grandir.’’
Il a beau répéter qu’il est en apprentissage, Serge Henry n’en est pas moins un comédien qui fait preuve d’une maîtrise du jeu et des rôles qui lui sont confiés. Il habite le personnage, l’incarne avec bonheur à la grande satisfaction du public.
Il a commencé par le théâtre, un passage qui lui permit de se former à la scène, au déplacement, à user de sa voix. En 1999-2000, il propose à son ami Abdoulaye Dao la création d’une série télévisée intitulée ’’Vis-à-vis’’. C’est un succès qui le révèle au grand public burkinabé et le lance dans une carrière d’acteur. Il a ensuite joué dans ‘’Tasuma, le feu’’ de Kollo Daniel Sanou (2003), ‘’Rencontre en ligne’’ d’Adama Roamba (2005).
De sa participation à l’édition 2010 du Festival de Khouribga, Serge Henry garde un bon souvenir, relevant qu’il a la chance de tomber sur une édition où il a été réaffirmé la nécessité d’une coopération Sud-Sud pour permettre au cinéma africain d’exister.
’’C’est une très bonne chose, il va falloir que les Africains se prennent en charge au lieu de se soumettre au diktat des bailleurs étrangers. Nous comprenons mieux nos problèmes mieux que quiconque’’, estime le comédien.
Henry a sa part de réflexion sur la situation des comédiens sur le continent, soulignant à ce propos que ce n’est pas un métier facile. Lui-même avoue que c’est la publicité qui lui permet de vivre, par le cinéma.
’’Les comédiens africains ne vivent pas de leur art. Est-ce parce qu’il n’y a pas suffisamment de productions ?’’ se demande-t-il, avant d’ajouter : ’’Je ne sais pas. Il faudrait que les réalisateurs pensent aux comédiens en les mettant plus en avant. Il faut qu’ils comprennent que sans les comédiens il n’y a pas de film.’’
Ayant acquis ses aptitudes à exercer le métier sur le tas, il juge cependant que la formation n’est pas un faux problème. ‘’Je n’ai pas eu la chance de passer par une formation, mais les gens ont intérêt à y passer. Je me remets tout le temps en question en travaillant avec des comédiens formateurs beaucoup plus jeunes que moi’’, confie-t-il.
Ainsi, on comprend pourquoi Serge Henry considère que le Prix du premier rôle masculin devrait lui permettre de ‘’grandir’’ pour atteindre un autre niveau de création artistique.
ADC/ASG
