Une pièce de théâtre intitulée « Le lieu et la parole. Conversation interférée. Beyrouth » a été présentée, jeudi soir, à la Bibliothèque Nationale du Royaume du Maroc (BNRM, 20h00), à l’initiative de l’ambassade d’Espagne et l’Institut Cervantès de Rabat.
Cette pièce, une création de Fernando Renjifo avec Ziad Chakaroun et Alberto Nunez, est une œuvre présentée au spectateur sous forme d’enregistrement vocal et sonore de quelques conversations qui ont eu lieu à Beyrouth en janvier 2008 avec Abbas Beydoun, Ecrase Ghaddar, Christian Ghazi, Ibrahim, Raif Karam, Siham Nasser et Walid Sadek.
Cette pièce, ponctuée en outre d’une projection sonore de textes élaborés par Antonio Gamoneda, comprend une lecture de poètes arabes des plus connus comme le syro-libanais Adonis et le poète palestinien, le regretté-défunt Mahmoud Darwich.
Les protagonistes, dans cet enregistrement sonore, revenaient constamment, dans les deux langues arabe et espagnole, sur des thèmes forts et profonds portant sur leur vécu à Beyrouth.
Y étaient évoqués tour à tour la guerre associée à « un Etat de non justice », avec pour corollaires la démolition, le deuil, la perte, l’injustice, la vérité, la peur, le silence, l’étrangetéàetc.
Des voix laissaient entendre des propos puissants et émouvants : « tout ce qui s’est produit est plus que de la destruction », « le cadavre continue de nous hanter », « je me range du côté des vaincus », « la victime est et porte la vérité » (dahiya hiya el hakika)àetc.
Sur le timbre d’autres voix s’appesantit la perte ou la possession de la terre « la lutte pour posséder la terre est violenteànous tomberons dans le risque d’exclure l’autre ».
Une jeune fille refusant de s’associer et de rejoindre le monde extérieur, appréciant sa solitude, disait d’une voix frêle et touchante : « Je reste en silence avec moi même ».
Le clou de la soirée est lorsque Ziad Chakaroun et Alberto Nunez s’allongent de tout leur long, les corps superposés sur le sol. Un silence de cimetière s’installe dans la salle.
Les spectateurs sont restés pantois devant ce spectacle, dans l’expectative, ne sachant comment l’interpréter.
« Justement, il n’y a rien à dire sur cette posture, à chacun de lui donner avec son imagination la signification et la dimension qu’il veut. Toujours est-il que mon corps sur lequel était posé celui de Nunez, dénués de langage, peut bien renvoyer à la mort, à deux cadavres » qui gisaient à terre, a déclaré à la MAP, Ziad Chakaroun.
En étant assis éloignés l’un de l’autre, Ziad et Nunez se sont donnés, ensuite, le mot pour lire dans un arabe impeccable et un espagnol touchant quelques poèmes d’Adonis (Prologue de l’histoire des Rois des Factions), de Mahmoud Darwich (l’Etat de siège et Le Phénix mortel) et des extraits du livre d’Ibn Hazm (Le Collier de la Colombe).
L’un en face de l’autre, ils se retrouvent pour déclamer superbement « C’est mon nom » d’Adonis.
