La nécessité pour les Africains de travailler ensemble se justifie par le fait que le cinéma de ce continent propose une puissance expressive et une réelle vision du monde, a estimé le Directeur général du Centre cinématographique marocain (Ccm). Faisant une synthèse des trois films projetés dans le cadre du panel sur : Le cinéma africain et la coopération Sud-Sud, organisé dans le cadre de la 13e édition du Festival du cinéma africain de Khouribga (10-17 juillet), Nour-Eddine Saïl a dit que ces œuvres ont «quelque chose à voir avec l’ordre du monde et de la fiction que les réalisateurs ont introduit dans leur propre réalité».
«En cela, notre cinéma est puissant. Ce sont de petits films parce que sous-financés, mais ce sont des films d’une puissance expressive avec une réelle vision du monde», a dit M. Saïl, président de la Fondation du Festival du cinéma africain de Khouribga dont la 13e édition s’est achevée samedi.
Tartina City du Tchadien Serge Issa Coelo est un film structuré autour d’un regard qui ordonne. Dans Anniversaire de Laila du Palestinien Rachid Almachahrawi, est structuré l’espace d’une ville d’où toute morale et tout respect de la vie sont absents.
Nour-Eddine souligne, pour L’Absence du Guinéen Mama Keïta, «l’acte fondateur» que constitue le viol d’une prostituée. «Cette violence gratuite, cette scène fondatrice du viol font partie de ce que l’Afrique n’aime pas filmer», ajoute le critique.
Le deuxième fil qui coure à travers ces trois films, poursuit Saïl, «c’est qu’ils ont su résoudre la très difficile équation de la distance entre l’objet filmé et la caméra». «Régler cette question, précise-t-il, c’est appartenir définitivement à la patrie du cinéma. Le bon cinéaste rend impossible à discuter la place de la caméra. Il y a une vision, un contenu, un angle, une place et une distance.» Auparavant, Nour-Eddine Saïl avait relevé qu’avec ce début de siècle, «une conscience claire a commencé à émerger en Afrique : c’est l’affirmation de la nécessité absolue du partage. Ce qui est fait n’est pas fait pour qu’on en parle».
«Le continent africain est devenu un continent sinistré de par l’incurie de ceux qui l’ont dirigé jusque-là, l’indigence et les courbatures de certains de ses intellectuels. Le cinéma du continent est aussi sinistré parce que détaché de la marche normale du monde par ceux qui le financent», a dit le directeur du Ccm. C’est à ce moment-là que Saïl situe la décision de l’institution marocaine de s’inscrire dans une logique de coproduction Sud-Sud.
Pour le Ccm, «ce n’est pas une nécessité financière, c’est l’affirmation de la nécessité absolue du partage. Ce qui est fait n’est pas fait pour qu’on en parle. Ce qui est fait l’est pour que des œuvres s’expriment parce que si ces œuvres ne s’expriment pas, c’est une couleur qui va manquer».
Nour-Eddine Saïl constate un «symptôme curieux» : «Il y a de moins en moins de films faits en Afrique, mais il y a de plus en plus de bons scénarios qui se font. Jamais il n’y a eu de passion cinématographique». «Cela donne non pas un cinéma africain mais des films africains, soutient-il. Il y aura un cinéma africain fait par des réalisateurs nationaux. Et le volontarisme marocain est là pour servir d’étincelle.»
Le Maroc a commencé à pratiquer ces échanges en 1983 avec le Guinéen Moussa Kémoko Diakité. A ce jour, il y a eu 25 films coproduits entre le Maroc et d’autres pays africains.
Aps
